Cette semaine, rencontrez Étienne Savaria, Directeur du design graphique chez LemayMichaud.
Abordant le design comme une discipline profondément humaine, Étienne cherche à créer des expériences justes, porteuses de sens et en harmonie avec leur environnement. Son approche repose sur l’écoute des usagers, la recherche d’intention derrière chaque choix et la volonté de tisser des liens cohérents entre l’architecture, le design d’intérieur et l’identité de marque.
Son parcours, nourri par une curiosité pour les arts visuels et une exploration du design sous toutes ses formes, l’a amené à développer une pratique riche et multidisciplinaire. De la typographie à la calligraphie, en passant par des projets collaboratifs en espace public, il a exploré différentes approches du design. Après un cheminement professionnel marqué par des expériences en agence, en entrepreneuriat et au sein d’autres firmes montréalaises, il se joint à LemayMichaud en 2016, où il occupe aujourd’hui un rôle clé au sein des équipes de création.
Dans cet entretien, il revient sur son cheminement, sa vision du design graphique et la manière dont il conjugue créativité, collaboration et sens dans sa pratique quotidienne.
Q. Si vous deviez choisir trois mots pour décrire votre approche du design, quels seraient-ils?
É. S. « Les trois mots que je choisirais sont empathique, sensible et cohérent.
Empathique, parce que je cherche toujours à me mettre dans la peau des gens. Je veux comprendre comment ils vont se sentir dans un espace, comment ils vont y circuler. L’idée, c’est de créer des expériences où les gens se sentent bien, rassurés, confortables.
Sensible, parce que dans mon approche conceptuelle, chaque choix doit avoir du sens. Je ne fais pas des choix graphiques simplement parce que c’est joli ; je cherche toujours à transmettre une émotion ou une symbolique qui enrichit l’expérience. Le sens prime sur le beau.
Et enfin, cohérent, car j’aime que tout s’intègre dans un ensemble harmonieux : avec le thème, l’architecture, le design d’intérieur et l’identité de marque. Chaque décision est réfléchie pour créer une unité, plutôt que d’ajouter des éléments qui détonnent ou semblent superflus. L’objectif, c’est que chaque élément ait sa place et contribue à une expérience globale. »
Q. Qu’est-ce qui vous a attiré vers le design graphique et la création visuelle?
É. S. « Je pense que mon intérêt pour le design graphique vient beaucoup de mon environnement familial. Ma mère était designer d’intérieur et très artistique, et j’ai grandi dans un milieu où dessiner et créer étaient encouragés. Très tôt, j’ai développé une sensibilité pour toutes les formes d’art et l’esthétique, ce qui m’a naturellement rapproché du design. Même enfant, je m’amusais déjà à créer des logos, comme mon propre monogramme avec les initiales de mon nom. Sans savoir que c’était un métier, j’étais attiré par la création visuelle.
C’est plus tard, après quelques détours et une période de recherche personnelle, que j’ai découvert le design graphique comme un domaine qui me correspondait pleinement. J’ai réalisé que, quand on fait quelque chose qui nous passionne, les résultats viennent presque naturellement. »
Q. Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de ce qui vous a mené à votre rôle actuel chez LemayMichaud?
É. S. « J’ai commencé en sciences humaines, en visant un profil plus administratif, mais j’ai vite réalisé que ce n’était pas pour moi et j’ai découvert le design graphique. J’ai donc suivi des cours d’art pour intégrer le baccalauréat en design graphique à Québec. Fun fact : j’ai toujours été attiré par l’architecture et au départ, je voulais suivre cette formation, mais les prérequis en chimie et en physique m’ont un peu découragé. J’ai donc mis ce rêve de côté… pour y revenir autrement. », ajoute-il en souriant.
Lors de mon bac, je me suis beaucoup intéressé au dessin typographique et à l’origine de la lettre latine. À la sortie de l’université, j’ai travaillé en agence, et un collègue m’avait invité à découvrir un cours de calligraphie qu’il suivait, ce qui tombait totalement dans mes cordes. J’y ai rencontré des amis qui menaient un projet artistique appelé Garbage Beauty, auquel je me suis impliqué. L’idée était de calligraphier sur des objets jetés dans la rue et de leur donner une dernière parole ou une nouvelle voix. Ce projet a ouvert la porte à un autre : un collectif nommé Les Hommes de Lettres, qui réalisait des projets créatifs tels que des installations, de la signalisation événementielle, des murales et des performances. Tout cela a développé mon intérêt pour l’expression visuelle dans l’espace bâti.
Après quelques années, je suis entré sur le marché du travail, cette fois au sein d’une firme d’architecture, et j’ai découvert que collaborer avec plusieurs disciplines me plaisait beaucoup. J’ai finalement rejoint LemayMichaud en 2016, où j’ai senti dès le départ que l’approche, les valeurs et la manière de travailler avec les gens me correspondaient parfaitement. Et me voilà! »
Q. Designer graphique de profession et maintenant directeur du département, quelle est la facette de ton rôle de gestionnaire que tu apprécies le plus?
É. S. « Ce que je préfère dans ce rôle, c’est la facette humaine, même si elle comporte ses défis. J’aime vraiment travailler en équipe et rallier tout le monde autour d’un sens commun. C’est une dimension du travail qui me stimule beaucoup. J’apprécie aussi le contact avec les clients. Pouvoir échanger avec eux, clarifier les idées, expliquer et raconter ce que l’on fait, c’est un privilège. Que le concept soit accepté ou non, apprécié ou pas, c’est toujours enrichissant d’avoir cette opportunité de partager notre vision. Et puis, quand on a la chance de mieux connaître les clients, de découvrir leurs passions et leurs visions, ça rend le travail encore plus intéressant. Ces échanges nourrissent souvent la création et renforcent la collaboration entre toutes les disciplines. »
Q. Comment travaillez-vous avec les équipes d’architecture et de design pour intégrer le design graphique dans les projets?
É. S. « Chez LemayMichaud, le design graphique est de plus en plus intégré aux projets de manière systématique. On intervient souvent en début de projet, pas pour développer tous les éléments graphiques, car à ce stade les plans et les possibilités d’intervention peuvent beaucoup évoluer, mais pour ouvrir les yeux sur certaines opportunités. C’est le moment de montrer comment le design graphique peut soutenir le design d’intérieur, l’architecture et l’image de marque de l’entreprise.
Ensuite, on travaille de plus près avec les autres disciplines pour s’assurer que tout s’intègre bien au niveau des matériaux, des formats et des espaces. C’est là qu’on peut vraiment concrétiser les choix graphiques et compléter le développement du design.
Donc, pour résumer, nous intervenons tôt dans le processus pour identifier les opportunités et contribuer au storytelling du projet, puis plus tard pour peaufiner l’aspect esthétique et la matérialité. »
Q. Selon vous, qu’est-ce qui fait qu’un projet graphique fonctionne vraiment auprès des usagers?
É. S. « Pour moi, un projet graphique fonctionne quand les gens se sentent bien dans l’espace. C’est notre objectif premier : que l’environnement soit confortable et rassurant. D’un point de vue pratique, la signalétique doit remplir sa fonction et guider les usagers efficacement. Mais il y a aussi un aspect émotionnel : le design doit créer l’ambiance recherchée et faire en sorte que les gens se sentent à l’aise et connectés à l’espace. Quand on reçoit des retours qui disent que le projet est cohérent, agréable et beau, c’est pour nous le signe que le design fonctionne vraiment. »
Q. Y a-t-il un projet ou une création qui vous a particulièrement marqué ou dont vous êtes fier?
É. S. « Je dirais que les projets Deloitte en général m’ont beaucoup marqué, mais particulièrement Deloitte Summit, à Vancouver. C’est un projet très formateur et, de loin, celui où notre contribution a été la plus déterminante sur la narration du projet. Nous étions engagés comme consultants en design graphique, branding et signalétique.
Pour l’anecdote, lors d’une réunion de démarrage à Toronto, je n’avais pas beaucoup de temps pour me préparer, mais je voulais arriver avec des idées. Le projet s’étalait sur huit étages et il fallait créer une histoire, un parcours cohérent pour l’ensemble de l’espace. J’ai donc fait un petit sketch sur une napkin dans un café, que j’ai pris en photo… et c’est ce concept qui a été retenu. C’est un projet dont je suis vraiment fier, où j’ai senti que notre apport a eu un réel impact. »
Q. Quelles tendances ou évolutions du design vous inspirent le plus actuellement?
É. S. « Ce que j'aime voir, c'est la disponibilité de nouvelles technologies ou de matériaux, qui peuvent ouvrir la voie à de nouvelles approches. Que ce soient des nouveaux produits, ou des nouveaux effets, c’est vraiment ça qui m’inspire, plus que de suivre des tendances. »
Q. Comment stimulez-vous la créativité au sein de votre équipe?
É. S. « J’aime beaucoup le partage d’inspiration et d’information, mais ce que j’essaie surtout de faire en séance de brainstorming, c’est de suivre le principe de l’entonnoir. On commence très large, on explore toutes les possibilités, et j’encourage l’équipe à ne pas se restreindre trop vite. L’idée, c’est de garder le plaisir dans le processus et de laisser les idées circuler librement. »
Q. Y a-t-il une leçon clé que vous avez retenue de votre expérience dans le design graphique?
É. S. « Ce qui me vient à l’esprit, c’est que tout peut avoir une symbolique et être relié. Dans un projet, chaque détail peut évoquer quelque chose : le choix des matériaux, des formes, la tonalité, les couleurs, etc. On pense souvent que ce sont surtout les mots ou les images qui communiquent, mais en réalité, tout peut raconter une histoire.
C’est quelque chose que j’ai appris en cours de parcours, même si aujourd’hui ça semble évident. Être sensible à chaque détail et comprendre que tout peut avoir une signification, c’est vraiment une leçon qui a marqué ma pratique. »
Q. Quel conseil donneriez-vous à un jeune qui souhaite faire carrière dans le design graphique?
É. S. « Je dirais surtout : soyez toujours curieux. C’est un conseil classique, mais c’est vrai. Curiosité et ouverture d’esprit, c’est ce qui permet de continuer à apprendre et à évoluer dans ce métier. »
Le Q&A éclair
Q. Visionnaire ou pragmatique?
Visionnaire.
Q. Qu’est-ce qui vous motive à vous lever le matin ?
La quête du calme.
Q. La partie préférée de votre travail?
Ce moment où tu réussis à trouver le point où tout fait du sens.
Q. Le meilleur conseil que vous ayez reçu?
Arrêter de trop réfléchir et de faire les choses.
Q. Votre manière préférée de décompresser?
Danser.
Q. Avez-vous une philosophie qui vous guide au quotidien?
L’équilibre et le plaisir.
Q. Un défi que vous aimeriez relever à l’avenir?
« Mon vrai défi en ce moment, en ayant de jeunes enfants, c’est de dormir une nuit complète », ajoute-t-il en riant.


