Cette semaine, rencontrez Marie-Eve de Chantal.
Architecte et directrice de la conception au bureau de Montréal, Marie-Eve incarne un parfait équilibre entre créativité et rigueur. Elle aborde chaque projet comme une façon de traduire une intention en espace, avec justesse et cohérence. Son parcours, enrichi par plusieurs années passées en Asie, a profondément influencé sa manière de concevoir : ouverte, intuitive et ancrée dans son contexte.
Au fil des projets, Marie-Eve s’est distinguée par sa capacité à faire émerger des idées fortes tout en accompagnant les équipes dans le processus créatif. Pour elle, l’architecture est un dialogue constant — entre rêve et pragmatisme, entre intention et exécution.
À travers cet entretien, elle nous partage sa vision du métier, les influences qui l’ont façonnée et ce qui la motive à créer, jour après jour.
Q. À quel moment avez-vous réalisé que vous vouliez devenir architecte? Y a-t-il un événement ou une expérience qui a influencé votre choix?
M-E.C. « Je ne dirais pas qu’il y a eu un moment précis où un événement marquant, mais plutôt un mélange de plusieurs intérêts qui m’ont naturellement menée vers l’architecture. J’ai toujours été attirée par l’art, l’histoire et les voyages – des domaines qui ont nourri ma sensibilité à l’espace, à la culture et à l’esthétique. En même temps, j’ai toujours eu un côté assez pragmatique, avec un intérêt pour les sciences, donc je cherchais quelque chose qui pouvait combiner la créativité avec une certaine logique. L’architecture est apparue comme un bon équilibre entre tout ça. »
Q. Si vous deviez choisir trois mots pour vous décrire, lesquels seraient-ils?
M-E.C. « Je dirais : créative, pragmatique et perspicace. Créative, parce que j’aime imaginer, concevoir et m’inspirer. Pragmatique, parce que je me concentre sur l’essentiel, je gère les priorités et je veille à faire avancer les choses de manière concrète. Et perspicace, parce que j’ai un bon sens de l’analyse et que je sais lire entre les lignes, ce qui m’aide à anticiper les enjeux et à trouver des solutions. »
Q. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre parcours et ce qui vous a mené à votre rôle actuel chez LemayMichaud?
M-E.C. « J’ai commencé mon parcours en Asie. À la fin de mes études, je voulais simplement y travailler quelques mois… et finalement, j’y suis restée plusieurs années. J’ai eu la chance de travailler pour un bureau suisse qui faisait beaucoup de concours — on ne faisait pratiquement aucun projet sans commencer par une maquette. Cette approche très axée sur l’expérimentation et la rigueur a vraiment nourri ma réflexion en tant que conceptrice. Quand je suis revenue et que j’ai rejoint LemayMichaud, j’ai rapidement pris le rôle de chargée de conception. Puis, au fil des années et des projets, j’ai évolué jusqu’à occuper le poste de directrice de la conception. »
Q. Pouvez-vous nous parler d’un projet sur lequel vous avez travaillé et qui vous a particulièrement marqué?
M-E.C. « Je dirais que le Strøm Spa de Québec est définitivement le projet qui m’a le plus marquée. C’était un projet complexe, autant sur le plan technique que conceptuel, mais ce qui l’a rendu vraiment unique, c’est la clarté de la ligne directrice qu’on a réussi à maintenir du début à la fin.
La vision a été développée étroitement avec les clients, puis portée collectivement par l’ensemble des professionnels impliqués. Cette base commune a permis de guider toutes les décisions de conception de façon cohérente, du début jusqu’à la réalisation. »
Q. Quelle est votre facette préférée dans votre rôle d’architecte, et dans celui de directrice de la conception au bureau de Montréal?
M-E.C. « Ce que je préfère dans mon rôle d’architecte, c’est de voir les projets prendre vie. L’architecture, c’est l’art de construire, donc il n’y a rien de plus gratifiant que de voir un bâtiment qu’on a dessiné se réaliser, se matérialiser.
Et comme directrice de la conception, ce que j’aime particulièrement, c’est accompagner les équipes dans cette démarche créative et mettre en valeur les forces de chacun pour qu’ensemble, on crée le meilleur projet. »
Q. Quelle étape du processus de conception et de réalisation d’un projet vous passionne le plus, et pourquoi?
M-E.C. « Étant donné mon rôle, ce serait difficile de ne pas vous dire que la phase de l’esquisse est celle qui me passionne le plus. C’est à cette étape que les premières idées prennent forme et donnent le ton au projet.
Cela dit, l’architecture ne s’arrête pas à cette phase. J’ai eu la chance d’être impliquée dans toutes les étapes d’un projet, et je suis convaincue qu’un concepteur est meilleur quand il maîtrise aussi les enjeux constructifs liés à la réalisation. Cette connaissance permet de mieux anticiper les défis et d’aboutir à un projet réussi. »
Q. Quelles innovations ou tendances récentes en architecture vous interpellent particulièrement?
M-E.C. « Notre métier nous pousse à rester à jour sur les innovations, que ce soit en technologie, en matériaux ou en développement durable. Mais ce qui me parle le plus, ce sont encore les outils classiques : crayon, papier calque, maquette…des moyens simples, mais qui restent pour moi les plus efficaces pour penser un projet. »
Q. Y a-t-il un aspect de l’architecture ou du métier d’architecte que vous jugez sous-estimé, mais essentiel?
M-E.C. « Je pense que l’écoute et l’analyse sont des aspects souvent sous-estimés du métier d’architecte, mais qui sont absolument essentiels. Écouter les clients, les usagers, les équipes, les contraintes du site ou du programme…et en faire une lecture juste, c’est ce qui permet de concevoir un projet cohérent et porteur de sens. »
Q. Y a-t-il un voyage, une rencontre ou une expérience particulière qui a influencé votre manière de concevoir ou d’aborder les projets?
M-E.C. « Vivre à l’étranger, ainsi que différents voyages, ont influencé ma manière d’être et de concevoir les projets. Ces expériences m’ont appris à sortir des sentiers battus, à rester curieuse et ouverte, et à m’adapter rapidement aux contextes changeants. »
Q. Quel conseil donneriez-vous à un.e jeune qui souhaite se lancer dans l’architecture ?
M-E.C. « Mon conseil serait de rester curieux.se et ouvert.e à toutes les expériences. L’architecture est un métier qui demande de la créativité, de la rigueur et de la patience, mais surtout un chemin d’apprentissage constant. N’hésitez pas à sortir de votre zone de confort, à voyager et à apprendre de chaque projet. C’est en combinant ces expériences que vous développerez votre propre vision et votre savoir-faire. »
Le Q&A éclair
Q. Développer ou créer?
Créer.
Q. Rêveuse ou réaliste?
Les deux! C’est cette dualité entre la rêverie et le réalisme qui me décrit le mieux.
Q. Qu’est-ce qui vous donne envie de vous lever le matin?
Je dois reconnaitre que je ne suis pas la plus matinale. Si je pouvais rester couchée plus longtemps, je le ferais!
Q. La partie préférée de votre travail?
Les journées où l’on rit beaucoup!
Q. Avez-vous une philosophie qui vous guide aujourd’hui?
Dernièrement, quelqu’un m’a dit (Merci M-C) : Créer, c’est choisir. Avoir confiance en ses choix créatifs, même les plus intuitifs, c’est ce qui fait toute la différence.
Q. Noir et blanc ou couleurs?
Tous ceux qui me connaissent diront noir et blanc…mais surtout noir!
Q. Mies van der Rohe ou Frank Gehry ?
Mies, sans hésiter.
Q. Une œuvre dont vous auriez souhaité être l’auteure?
J’admire profondément le travail de David Chipperfield. Plus on avance dans le métier, plus on comprend à quel point la simplicité et la maîtrise sont difficiles à atteindre.


